Comment le diocèse est-il devenu un territoire ?


Le Domfrontais Photothèque: Joel Douillet

 

"…Les interrogations sur l’espace et le territoire en tant que constructions sociales ne se sont pas limitées aux domaines de la sociologie politique ou de la géographie mais ont imprégné nombre de recherches historiques, y compris chez les médiévistes…"
Suite de l’article de Fanny Madeline à propos du livre "L’espace du diocèse" (sur le site nonfiction.fr).

 

L’espace du diocèse. Genèse d’un territoire dans l’Occident médiéval (Ve-XIIIe siècles)
Florian Mazel, Pierre-Vincent Claverie , Yann Codou, Jean-Pierre Delumeau, Charles Mériaux.
Presses universitaires de Rennes (2008).

Parmi les structures territoriales de l’Europe médiévale et moderne, le diocèse est traditionnellement considéré comme la plus ancienne et la plus solide. On fait remonter son existence aux grands conciles de l’Empire romain tardif, au cours desquels l’Église a adopté, pour son organisation épiscopale, le cadre civil de la cité qui associait étroitement une ville et un territoire. Le fait que dans de nombreuses régions la plupart des sièges épiscopaux soient bien les héritiers des cités tardo-antiques a contribué à enraciner cette conviction, relayée par la géographie historique depuis la fin du XIXe siècle. Pourtant, comme entendent le montrer les études réunies dans cet ouvrage, une telle vision des choses repose sur une certaine illusion administrative et territoriale au sujet du diocèse médiéval. En reprenant à la source les questions de perception, d’appréhension et de construction de l’espace par les pouvoirs et les institutions, dans le temps long qui conduit de la fin de l’Empire romain à la codification du droit ecclésiastique et à l’émergence des États territoriaux, elles conduisent à relativiser, voire à rejeter, l’idée de continuité territoriale entre l’Antiquité tardive et le Moyen Âge central. Dans le même mouvement, elles envisagent d’autres voies susceptibles de mieux expliquer la complexité des rapports à l’espace dans la société médiévale et la genèse d’une territorialité ecclésiastique dont l’influence pèse sur l’ensemble de l’évolution sociale et politique de l’Europe occidentale. Ancien élève de l’École normale supérieure (Fontenay/Saint-Cloud) et agrégé d’histoire, Florian Mazel est maître de conférences en histoire médiévale à l’université Rennes 2 Haute-Bretagne. Il est l’auteur de La noblesse et l’Église en Provence, fin Xe-début XIVe siècle, publié à Paris en 2002, aux éditions du CTHS.

 

Laisser un commentaire